Meet Ghassan Moukheiber
Biographical Interviews


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Declic Mag - En deux mots, qui est Ghassan Moukheiber?
Neveu du pilier de l’opposition, l’illustre feu Dr. Albert Moukheiber. Suite au décès de ce dernier, Ghassan Moukheiber se présente aux législatives partielles du Metn Nord avec, en main, un programme digne du grand opposant qu’était son oncle, et dans la tête le rêve d’un pays libre et démocratique tel qu’il l’avait appris au sein de l’école du Dr. Albert Moukheiber. Mais les élections prennent un tout autre tournant…Deux courants se déchirent, l’enjeu des élections est majeure : qui va gouverner le Metn pour les prochaines années ? Dans un tel critère les votes sont claires, et les voix de Ghassan Moukheiber se perdent au jeu du vote utile. Mais un nouveau rebondissement arrive. Le Conseil Constitutionnel annule la législature du candidat élu M. Gabriel El Murr et fait valoir celle du candidat Mokheiber qui sera ainsi porté à la Place de l’Etoile d’une manière controversée. Entre ceux qui lui demandent de démissionner afin de sauvegarder la démocratie trop souvent bafouée au Liban, et ceux qui veulent qu’il prenne ses fonctions afin de préserver le pays d’une nouvelle secousse que provoquera une nouvelle législative au Metn Nord, Ghassan Moukheiber choisit le second chemin, au grand damne des opposants et des démocrates qui voyaient en lui le défenseur de la démocratie mais aussi le contrôleur de la légalité des élections. Dans cette entrevue Declic a voulu mettre l’accent sur la personnalité du nouveau député du Metn, faire entendre son point de vue et surtout faire découvrir son programme. Ghassan Moukheiber se veut toujours et malgré tout l’opposant tel qu’a été Dr. Albert Moukheiber.


Je suis avocat formé à l’USJ et Harvard, croyant et laïque, indépendant, citoyen engagé qui milite depuis plus de 12 ans pour contribuer à rendre le Liban un pays et un état où il fait bon de vivre. Les causes les plus importantes pour lesquelles je combats, surtout dans le cadre associatif, diront aussi en partie qui je suis : la défense et la promotion des droits de l’homme, particulièrement tout ce qui a rapport avec la liberté d’association, de manifester, la liberté de la presse, le procès équitable, la réforme des prisons, la primauté de l’état de droit, l’indépendance de la magistrature, la libération des détenus en Israël et en Syrie, la réforme du système électoral, le développement de la décentralisation administrative, la promotion du mariage civil optionnel, la promotion de la transparence dans la gestion publique et le combat contre la corruption, la protection de l’environnement et du patrimoine. Je suis formé à l’école politique de feu mon oncle Dr. Albert Moukheiber, que j’ai assisté dans son action pour la défense de l’indépendance, la souveraineté et la libre décision du Liban et la réforme des relations libano-syrienne. Lorsque l’emploi du temps le permet, j’aime m’adonner à la marche dans la nature, la musique, le football, les échecs et tous les arts.

Beaucoup de jeunes députés, avec lesquels nous avons parlé, espéraient pouvoir changer quelque chose, mais la réalité s’est avérée qu’ils en étaient incapables. Vous ne croyez pas que vous serez un illusionné supplémentaire ?
Non, car j’aime me décrire comme un “pessimiste actif”, meilleur antidote contre la désillusion. Toute ma vie, j’ai été séduit par cette formule des étudiants de mai 68 : “Soyons réalistes, demandons l’impossible!!”. C’est une formule que j’adopte pleinement; c’est dans cet esprit que s’est développé mon engagement associatif et que j’aborde maintenant mon engagement de député. Je crois fermement, par expérience, que toute action de réforme et de résistance citoyenne, dont nous avons le plus besoin au Liban, ne se réalise que par petits pas. Il faudrait donc avoir une vision claire et lucide des problèmes et des solutions, lesquelles devraient être développées dans leur détail sans se limiter aux seuls slogans ou à une simple critique de l’état des choses. Il faut aussi s’organiser dans des cadres institutionnels ou associatifs, car seule l’action collective peut porter des fruits sur le long terme. Il faut surtout que les jeunes soient motivés et impliqués dans la réforme et qu’ils y participent d’une manière constructive. C’est ainsi que j’entends continuer mon action politique de député … non dépité.

Les jeunes se demandent une chose en ce qui vous concerne : vous avez accepté votre nouvelle responsabilité suite à des contacts que vous avez effectués auprès de personnes politiques mais ne pensez-vous pas avoir déçu ces jeunes et une grande masse populaire qui espéraient que vous refuserez cette décision ?
Il est important de savoir que je partage l’avis de tous ceux qui croient que l’ensemble de la situation politique est désolant et répréhensible à tous les points de vue, surtout au Metn et je comprends qu’une partie des jeunes ait souhaité que je démissionne. Cependant à l’analyse, et après consultations, il était évident que le choix se limitait entre des conséquences qui relevaient du mauvais ou du pire. Entre deux maux, j’ai donc opté pour le moins dommageable. J’assume donc mes fonctions de député pour continuer mon combat d’opposition engagé pour la réforme et pour la démocratie, les libertés et les droits de l’Homme. Je suis engagé à représenter la masse de tous ceux et celles qui, au Metn et au Liban, soutiennent ces causes. Je serais leur voix au parlement.
D’ailleurs, après les élections et la décision du Conseil, je n’ai cessé de rappeler les illégalités ayant entaché la fermeture de la MTV et réclamé sa réouverture; de même, ma première intervention au parlement était une conférence sur la protection de la liberté d’association.
Toute personne sensée connaissant les rouages électoraux, surtout au Metn dans le contexte des partielles de juin, comprend clairement que les voix que j’avais recueillies durant les élections ne représentent nullement la grande popularité et la représentativité du courant politique Moukheiber, et comprend aussi l’effet de la polarisation, le phénomène du vote utile et du vote sanction. Je suis confiant qu’avec le recul et à la suite de mon action politique et parlementaire, les jeunes et moins jeunes, me donneront raison. Je leur demande non plus de juger les conditions exceptionnelles de mon entrée au parlement mais plutôt ce que j’y ferai.

Pourquoi ne faites-vous pas partie de Kornet Chehwan, qu’est ce qui vous différencie d’eux ?
J’avais fait partie de la première formation du Rassemblement de Kornet Chehwan qui s’était réuni en 2000 pour formuler une politique commune relative à la loi électorale, et je compte au sein de cette formation plusieurs amis. Depuis que ce rassemblement s’est proposé de devenir permanent, je n’y ai pas postulé et je n’y ai pas été invité. Il faut reconnaître qu’il y a au Liban plusieurs formes et structures d’opposition. La diversité devrait donc être perçue comme source de richesse, à condition de coordonner l’action et de créer le dialogue entres groupes de tous bords, de toutes confessions, autour de thèmes et de programmes plutôt que de personnes et de simples slogans. C’est cette approche que je préfère.

Toute cette pagaille au Liban est due à la défaillance dans la loi électorale. Qu’allez vous faire pour la rendre équitable et représentative ?
Depuis 1992 et la réforme de la loi électorale est pour moi un souci central. En 1996, j’ai participé à la fondation de “l’Association Libanaise pour la Démocratie des Elections”, et je travaille depuis avec un nombre d’amis spécialistes au développement d’un ensemble de recommandations détaillées en vue de la réforme nécessaire. Tout en rejetant catégoriquement le Liban comme district électoral unique, les principaux thèmes qui doivent être traités sont: introduire un élément de proportionnelle dans le mode de scrutin, baisser l’âge électoral à 18 ans, assurer une administration neutre et intègre, réglementer le financement et l’usage des médias en période de campagne électorale. Ma nouvelle fonction de député me permettra, je l’espère, de faire voter ce programme.

Les jeunes ont un souci en tête : le service militaire ? Quel est votre avis sur le sujet ?
Je suis pour une réforme du service militaire suite à une réflexion approfondie avec toutes les parties concernées. Je favoriserais une armée de métier. Le service militaire à proprement parler pourrait ainsi être ramené au plus strict minimum de temps, permettant ainsi de mieux développer le concept de service civique. La durée de l’ensemble devrait être limitée à un ou deux étés, de manière à prendre en compte les contraintes professionnelles et universitaires.
“J’aime me décrire comme un “pessimiste actif”, meilleur antidote contre la désillusion”
 
 
 
“Le choix se limitait entre des conséquences qui relevaient du mauvais ou du pire. Entre deux maux, j’ai donc opté pour le moins dommageable”
Avez-vous un programme quelconque afin de prévenir l’émigration de la jeunesse libanaise mais aussi de pousser les jeunes émigrés à revenir ?
Il faut travailler sur les deux aspects politique et économique de ce problème.
Pour trouver une solution à l’émigration des jeunes, il faut commencer par en déterminer les causes. D’une manière générale, je peux les résumer par la désillusion en l’avenir de ce pays et la grave crise économique qui ne fait qu’empirer. Nous avons donc besoin d’effectuer une réforme sur les deux plans politique et économique. Ainsi, la confiance politique ne peut se rétablir que dans la construction d’un état de droit, démocratique, respectant les libertés et les droits de l’Homme. L’économie ne peut s’améliorer, que si l’on développe le marché du travail en incitant à la production dans les secteurs de l’industrie, de l’agriculture et des services. Nous devons dépasser le schéma du Libanais rentier pour développer celui du Libanais entrepreneur. Ce chantier de réforme et de travail qui s’ouvrirait alors, appellerait naturellement les jeunes émigrés à revenir.

Que nous promettez-vous de faire en 2 ans et demi de mandat ?
Je vais continuer ce que j’avais entamé il y a plus de 12 ans. Comme député, je serais toujours un citoyen engagé à la réforme, pleinement dans l’opposition, sur les bases clairement détaillées dans mon programme électoral qui m’engage définitivement. Je compte inviter des jeunes, qui le souhaitent, à participer avec moi au chantier de réforme que j’entreprends, car je crois fermement en l’action d’équipe et au rôle essentiel que peut jouer tout jeune citoyen.


Un dernier message aux jeunes ?
Je crois fermement que la jeunesse n’est pas un état d’âge, mais un état d’âme. Je nous invite donc à ne pas perdre ce qui nous maintient jeunes, c’est à dire la spontanéité, le refus de tout ce qui va mal, le désir de tout changer, et une confiance et un optimisme que le changement et la réforme est possible.
Il s’agit simplement, pour tout un chacun, d’avoir un engagement citoyen dans l’intérêt public, au choix et dans la mesure des compétences et des moyens, de structurer son effort, de développer des solutions mûrement réfléchies, de passer à l’action … et de rester jeune.
 




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