Meet Ghassan Moukheiber
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"Les pieds sur terre et la tête dans les nuages", c'est ainsi que se décrit ce jeune député tombé dans la marmite politique quand il était petit, et qui a fait de son engagement une profession de foi et un apostolat.

 

Il a toujours vécu à cent à l'heure, et sa députation récente n'a fait qu'accélérer ce rythme effréné. Jusque-là, cet avocat diplômé de l'USJ et ancien élève à la Faculté de droit de Harvard, et à Paris II, également professeur et conférencier (il enseigne la médiation et la négociation ainsi que les Droits de l'homme à l'USJ) s'est illustré par son action dans le domaine associatif, notamment dans la défense de l'environnement. "Le plus difficile pour le Libanais sera de réaliser que l'environnement est une source de richesse, déclare-t-il. Il faudrait développer un jour le tourisme écologique, qui est un tourisme intérieur extrêmement important. Le Libanais gagne à protéger son environnement, non seulement pour sa beauté esthétique, mais aussi pour sa valeur économique, qu'on ne réalise pas suffisamment. Cette hargne à protéger l'environnement devrait devenir un credo national car le Liban est un désastre écologique." Mais le combat associatif de Ghassan Moukheiber a toujours revêtu de multiples aspects. "Dès les bancs de l'école, mon premier engagement était pour la défense de l'environnement, en 74, raconte-t-il, suivi plus tard d'un engagement pour la défense des droits de l'homme et des libertés fondamentales, auquel se sont ajoutés un engagement pour la promotion de la démocratie et un combat contre la corruption. Ce sont les grands thèmes dans lesquels je me suis engagé, au cours de ma vie." Se définissant comme un croyant laïque - profondément croyant, profondément laïque -, il avoue abhorrer la violence et promouvoir le dialogue. Un engagement politique avant l'heure, des convictions qui trouvent aujourd'hui un nouveau mode d'expression, à travers son rôle de député. Il prépare actuellement un projet de loi pour la création d'une commission nationale consultative pour les droits de l'homme, continue à mener un combat pour une plus grande transparence de l'action publique, et va bientôt lancer une campagne pour la liberté d'association: "Ce sont les outils de l'action qui sont légèrement modifiés, sans que l'engagement ne change en rien. C'est une action nouvelle mais que je connais très bien, l'ayant vécue par père et oncle transposés."
 
Un ménage à trois
Un cadre familial qui a contribué à forger sa vocation politique, tout comme sa formation juridique qui a été essentielle, puisque, comme il le rappelle, le droit est l'aboutissement de la politique: "J'ai vécu dans une famille qui était profondément engagée dans le service de l'action politique. La chose publique était omniprésente. Nous vivions dans un ménage à trois, avec mon père et mon oncle, qui ont toujours vécu ensemble. J'appelle cela ménage à trois, parce que pour mes frères et moi, c'était comme si on avait deux pères. C'est une expérience très spéciale." Cet oncle, c'est l'ancien ministre et député feu Albert Moukheiber, dont la mort l'a profondément affecté: "Ce n'est pas un personnage distant qui était malade et qui est mort: c'est comme si on perdait son père deux fois. C'est familialement, et personnellement, très éprouvant!" Un oncle auquel il doit beaucoup, bien qu'il souligne, comme il l'a fait lors de sa candidature aux élections du Metn, qu'il n'a pas hérité de la position politique de son oncle, mais qu'il l'a suivi dans son engagement: "C'est une différence énorme. Je ne le fais pas par héritage, c'est un engagement personnel." Et plus que cela encore, puisqu'il définit sa vocation et son combat politique comme un apostolat. Autant dire qu'il y dévoue sa vie: "La députation et la politique sont envahissantes. Je suis de ceux qui prennent très au sérieux leur engagement politique et l'action de la députation. Celle-ci engage au niveau intellectuel, mais aussi au niveau social, à travers les contacts avec les électeurs et les citoyens. Les obligations sociales sont extrêmement prenantes, mais un homme politique gagne à se rapprocher le plus possible des citoyens dont il doit représenter les plaintes, les aspirations et les besoins."
 
Baryton et anthropologue!
Un emploi du temps qui lui laisse peu d'occasions de se réfugier dans son jardin secret: "Pour moi, ç'a toujours été la famille, les amis, la musique. J'aime beaucoup chanter; j'ai longtemps chanté en chorale polyphonique, je suis baryton basse. Lorsque je suis content, je chante, lorsque je suis sous tension, je chante. J'aime beaucoup la marche également. Et les voyages, quand je peux. J'adore le changement, cela me ressource. Je suis extrêmement curieux, et en voyage, j'aime par-dessus tout aller à la rencontre des gens. Je suis surtout anthropologue." Préserver des plages pour la vie privée et les loisirs lui paraît indispensable pour "rester sain", mais il avoue que c'est jusqu'à présent l'un de ses grands échecs: "Je n'arrive pas à trouver le temps qu'il faut. Il faut dire que, depuis la maladie et le décès de mon oncle jusqu'à aujourd'hui, je vis un tourbillon exceptionnel. J'ai connu une expérience très atypique qui m'a complètement transformé la vie, très vite, dans des moments extrêmement douloureux, mais j'espère que petit à petit je pourrai m'organiser." En attendant, son apostolat politique, qui l'expose parfois à des vents contraires, exige de lui un engagement total: "Je ne me trouve pas accidentellement dans l'action politique, et dans ce domaine, je suis de ceux qui savent où ils vont. J'ai mes convictions de principe, et mes engagements qui sont mesurés à l'aune des droits de l'homme. Cela me permet de garder le cap. Je crois être d'un tempérament qui peut supporter des pressions énormes. Je suis passé par des expériences compliquées, difficiles, où je crois avoir maintenu le cap. Il faut avoir des nerfs, et la capacité de gérer des situations de crise. Je crois que j'ai le souffle. Ma formation professionnelle, familiale et mon tempérament m'ont beaucoup aidé. Au Liban, l'action politique qui prétend vouloir faire des choses, a besoin d'un rythme soutenu, de longue haleine; je dirais même têtu."
 
La recherche de l'âme soeur
Cet idéaliste, dont Cyrano de Bergerac et Don Quichotte sont les personnages de roman préférés, laisse, aussi bien dans son action politique que dans sa vie privée, une grande part au rêve, "sans lequel on ne peut pas améliorer les choses", tout en gardant les pieds sur terre. A 44 ans, il est célibataire, sans doute parce que, comme il l'avoue, sa vie sociale a toujours été extrêmement compliquée et frénétique, lui laissant peu de temps à consacrer à sa vie personnelle. Il avoue par ailleurs être très exigeant: "J'ai eu de grands amours dans ma vie, mais pour des raisons ou d'autres, ce n'était pas l'âme sœur. Alors, je cherche toujours; j'espère trouver et vite." Il a les mariages arrangés en horreur, d'autant qu'il ne recherche pas à travers l'union matrimoniale un statut social, "sinon je me serais marié depuis longtemps. Je crois qu'un mauvais mariage est un enfer, et je ne me marierai que lorsque je trouverai l'âme sœur... Je rêve que cela vienne naturellement, qu'il y ait l'amour en plus de la décision réfléchie." Il se dit aujourd'hui très attiré par la vie de famille, ce qui n'a pas toujours été le cas. "Une des dernières recommandations de mon oncle avant de mourir était "ne fais pas comme moi". Célibataire, nous étions pour lu un peu comme ses enfants. Il a raison, parce que la famille est une dimension qui complète la vie. Mais il faut voir à quel niveau s'opère la symbiose qui permet de vivre avec une autre personne pendant toute sa vie. Peut-être est-ce par respect extrême pour cet engagement que je retenais mes chevaux." Ce qu'il recherche avant tout, c'est une complice avec laquelle il aurait envie de partager des moments d'intimité, de plaisir, de joie qu'on ne peut avoir qu'à deux. Un besoin qu'avec le temps, les amitiés ne comblent plus. Son profil de femme idéale? Il ne veut pas le dévoiler, mais finit par en donner un petit aperçu: "Je l'aime beaucoup, paradoxalement, à la fois gaie, intelligente, réfléchie, mais très simple, surtout simple. Le genre de personne avec qui on prendrait un grand éclat de rire, autour d'un feu, au fin fond d'un bois." Il avoue croire à la destinée: "Non que je laisse tout à la destinée, mais je crois que parfois le hasard fait bien ou mal les choses. Jusqu'à présent le hasard ne m'a pas particulièrement bien ménagé." Il reconnaît que plus on avance en âge, plus cela devient difficile, car la vie de couple requiert des concessions. "Lorsqu'on se marie à un homme politique, la famille, c'est papa, maman, les enfants, tout le district, et la république en plus!"

Nagham Awada
 



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